jeudi 12 août 2010

L'inquiétante émergence de «superbactéries»


De nombreux cas de patients infectés par une famille de bactéries très résistantes aux antibiotiques usuels ont été découverts en Grande-Bretagne. La propagation rapide et massive de cette souche, isolée pour la première fois en Inde en 2008, inquiète la communauté médicale.

Nous n'en sommes pas au scénario-catastrophe d'une pandémie bactérienne incontrôlable, mais l'inquiétude grandit. Une nouvelle génération de bactéries, touchant les poumons et l'appareil urinaire, très résistantes aux antibiotiques usuels est en train de se propager dans le monde entier. Dans une étude parue mercredi dans le journal The Lancet Infectious Diseases, des chercheurs anglais, indiens, australien et suédois tirent pour la première fois la sonnette d'alarme. La NDM-1 - c'est le nom de l'enzyme produite par cette nouvelle souche bactérienne - «a de grandes chances de devenir un problème de santé publique mondial. Une surveillance coordonnée au niveau international est nécessaire.» C'est cette enzyme qui rend inefficace les antibiotiques les plus courants, de la famille des bêtas-lactamines (pénicillines, céphalosporines et même les carbapénèmes, utilisés jusqu'à présent dans le traitement des souches multirésistantes).

Isolées pour la première fois sur un patient suédois venu se faire opérer dans un hôpital indien en 2008 (le nom de l'enzyme associée «New Dehli métallico-bêta-lactamase 1», NDM-1, vient de là, ndlr), ces bactéries d'un nouveau genre ont été identifiées avec certitude chez près de 150 patients répartis en Inde et au Pakistan, et 37 personnes en Grande-Bretagne, indique l'étude. Le professeur Patrice Nordmann, chef du service bactériologie et virologie au Kremlin-Bicêtre et directeur de l'unité INSERM 914 «Mécanismes émergents de résistances aux antibiotiques», précise que l'on retrouve déjà ces bactéries en Afrique et en Australie. «Quelques cas probables sont en cours d'analyse en France», ajoute-t-il. Un éditorialiste du Lancet indique par ailleurs que les «NDM-1» ont déjà été isolées aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et au Canada. Jusqu'à présent, aucune des personnes touchées n'a succombé à l'infection.
Un cocktail d'antibiotiques toujours efficace

Ce qui inquiète la communauté médicale, c'est un faisceau très rare de problèmes convergents. Tout d'abord, cette multirésistance aiguë aux antibiotiques. «Seuls deux antibiotiques sont encore efficaces, mais le premier, la colistine, ne peut être administré que par voie intraveineuse, et le deuxième, la tigécycline, est inefficace contre les infections urinaires », insiste le professeur Nordmann. Un gros problème puisque ces nouvelles bactéries touchent plus particulièrement l'appareil urinaire (elles peuvent également toucher les poumons) et que ce type d'infection est très répandu. «Chaque année, environ 10% des femmes en développent une en France», précise-t-il. Aucun nouvel antibiotique efficace n'est attendu avant une dizaine d'années, estime enfin le professeur Walsh, un des co-auteurs de la publication. Pour le moment, les patients sont traités grâce à un cocktail d'antibiotiques qui se montre encore suffisamment efficace. Mais pour combien de temps ?, s'interrogent les médecins.

L'Inde et le Pakistan constituent d'ores et déjà un réservoir considérable de ces bactéries. Un endroit surpeuplé, un manque d'hygiène désastreux et l'utilisation massive d'antibiotiques: les conditions idéales étaient réunies pour voir l'émergence rapide d'une souche très résistante. Les populations de cette région étant très mobiles (flux migratoires très importants avec la Grande-Bretagne, l'Australie et l'Afrique), et les deux pays très touristiques, la bactérie pourrait continuer à se répandre rapidement dans le monde entier.
«Eviter le tourisme médical en Inde et au Pakistan»

Autre source d'inquiétude, la bactérie n'a pas été isolée uniquement dans les hôpitaux. Dans les deux pays source, elle serait déjà présente dans les villes. Le professeur Nordmann se refuse toutefois à lancer le moindre mouvement de panique. «Il est hors de question de déconseiller aux gens de se rendre là-bas pour le moment. Eviter de pratiquer le tourisme médical semble toutefois judicieux». De nombreuses personnes se rendent en effet dans ces pays pour se faire opérer à bas coûts les soins dentaires et la chirurgie esthétique y sont très bon marché. La plupart des cas isolés dans le monde sont d'ailleurs liés à des étrangers partis se faire opérer en Inde.

En France, les mesures à prendre seraient «en cours d'écriture» au ministère. L'objectif étant de repérer les personnes infectées le plus rapidement possible afin de les isoler et d'éviter les contagions. Mais la situation n'est pas aussi préoccupante qu'en Grande-Bretagne où «cela peut aller très vite», estime Patrice Nordmann.

Tristan Vey

Journaliste web, lefigaro.fr

La vie éternelle est pour après demain


Mais aucun de nous ne vivra assez longtemps pour voir la science de la longévité vider hôpitaux et funérariums.

Le développement humain est un phénomène sublime, s’enthousiasme Jonathan Weiner dans Long for the World: The Strange Science of Immortality. La rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule donne lieu à des divisions et à une évolution parfaitement orchestrées, débouchant sur un être prévisible et pourtant unique. Le vieillissement humain, en revanche, offre le spectacle d’une épouvantable déchéance. Nos cellules cessent de fonctionner dans l’anarchie la plus complète et les mutations s’enchaînent. Nos organes et nos os semblent se délabrer alors même que nous avons encore besoin d’eux. C’est un terrible déclin dont l’issue inéluctable est la mort.

Si nous vieillissons, c’est simplement parce que dame nature ne s’intéresse plus à nous. C’est du moins la thèse de Weiner dans ce nouvel ouvrage, une plongée dans notre triste finitude et dans les possibilités scientifiques de la contrer. Il reprend ainsi la théorie très populaire du zoologue Peter Medawar, lauréat du Prix Nobel, selon laquelle l’évolution vise exclusivement à nous permettre de nous reproduire. Ainsi, par exemple, le calcium est indispensable à la consolidation de nos os pendant l’enfance et l’adolescence. Or, une fois que nous avons trouvé un partenaire et transmis notre patrimoine génétique, notre mission est comme qui dirait accomplie. La nature se moque bien alors de savoir que le calcium sclérose nos artères au point d’entraîner des crises cardiaques lorsque nous vieillissons.

Mais pour nous, humains, ce problème est évidemment crucial. C’est pourquoi, dans son dernier livre The Youth Pill: Scientists at the Brink of an Anti-Aging Revolution, David Stipp emboîte le pas à Weiner dans l’exploration des frontières d’une science visant à contrer les effets de l’âge et à «tromper la mort». Pour autant, leurs approches sont différentes: là où Weiner dresse un portrait lyrique et presque méditatif de ces pionniers désireux d’altérer le processus d’évolution, Stipp se livre à une véritable étude journalistique de cette discipline qui a acquis une incontestable légitimité au cours des 40 dernières années. Il n’en reste pas moins qu’après avoir étudié leurs arguments respectifs, je reste convaincue qu’aucun de nous ne vivra assez longtemps pour voir la science de la longévité vider hôpitaux et funérariums.

A ceux qui arguent que le nombre actuel de personnes âgées pèse déjà assez lourdement sur nos ressources, les chercheurs répliquent que ce phénomène de vieillissement de la population est un fait établi et qu’ils souhaitent simplement permettre à chacun de rester en bonne santé aussi longtemps que faire se peut. Ce qui profite à la fois à l’individu et à la société dans son ensemble. Il est vrai qu’on a affaire à une tendance lourde. Au début du 20ème siècle, un bébé né dans un pays développé avait une espérance de vie moyenne inférieure à 50 ans. Au fil des décennies, les progrès en matière de santé publique, la généralisation de la vaccination et l’avènement des antibiotiques ont considérablement réduit la mortalité infantile, ce qui maximise logiquement les chances d’atteindre un âge avancé. Et de fait, à la fin du siècle, l’espérance de vie de notre bébé était passée à 80 ans. Comme l’écrit Jonathan Weiner, ce gain de 30 ans représente «autant que ce que l’espèce avait gagné depuis son apparition». (La limite théorique communément admise se situe aux alentours de 120 ans, sachant que rares sont les personnes qui se sont approchées de cette barre.)

Le point positif, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à vieillir en pleine forme, ce qui pourrait être le résultat d’une meilleure santé pendant l’enfance. Jonathan Weiner cite à ce titre la théorie qui établit un lien entre les maladies infantiles et les inflammations chroniques, important facteur de maladie. Quoi qu’il en soit, si nous vivons suffisamment longtemps, ce sont d’innombrables affections qui nous attendent au bout de la route, des maladies neurodégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson, aux infarctus et autres AVC, insidieux et meurtriers, sans oublier bien sûr le spectre du cancer.

Les chercheurs dont David Stipp dresse le portrait s’efforcent de maîtriser les mécanismes qui causent notre déclin pour que nous puissions folâtrer jusqu’à 80 ou 90 ans avant de connaître une mort rapide. Pour sa part, Jonathan Weiner voue une véritable fascination à Aubrey de Grey, prophète, franc-tireur, excentrique et professeur à l’Université de Cambridge dont la vision est plus ambitieuse. Théoricien de la gériatrie, il met les chercheurs au défi de concevoir des techniques biologiques qui permettront à l’être humain de toucher du doigt son rêve d’immortalité.

Ce sont là deux ambitions de taille. Weiner et Stipp reviennent sur la difficulté de donner une certaine crédibilité à une discipline dont l’histoire peu glorieuse est parfois tombée dans le sordide. Au début du 20ème siècle, un spécialiste du rajeunissement pratiquait des greffes de testicules de singe sur ses patients masculins. Un de ses confrères, Eugen Steinach, voyait en la vasectomie la panacée en cas de virilité défaillante. Pour la petite histoire, on raconte que Sigmund Freud avait reçu ce traitement, tout comme William Butler Yeats (un petit coup de bistouri pour le vieillard de La traversée vers Byzance). Pour les dames, à la même époque, on recourait à l’irradiation des ovaires pour s’offrir un retour de printemps.

Toutefois, à partir des années 70, quelques scientifiques sérieux se sont lancés dans l’étude de la durée de vie d’autres espèces, soit par l’observation en milieu naturel, soit via un élevage sélectif en laboratoire afin d’identifier les gènes de la longévité. La «gérontologie comparative» étudie les tendances de vieillissement chez les animaux: elles sont extrêmement variables d’une espèce à l’autre. Les drosophiles (ou «mouches des fruits») vivent quelques semaines. Certains coquillages, comme les clams, peuvent vivre jusqu’à quatre siècles! Souris et rats ont une longévité de quelques années, même dans l’environnement protégé d’un laboratoire. On constate facilement l’état de vieillissement de ces rongeurs qui, au fil du temps, se rabougrissent et deviennent léthargiques.

Mais c’est un autre rongeur qui excite les chercheurs. Le rat-taupe nu passe des dizaines d’années à creuser des terriers sans jamais montrer de véritables signes de sénilité. C’est ce que les scientifiques appellent la «sénescence négligeable». Mais un beau jour, ils meurent sans raison évidente. Si nous, les hommes et les femmes, pouvions vieillir comme cet animal, l’industrie des cosmétiques de rajeunissement n’aurait plus qu’à se reconvertir.

Bien sûr, entre la vie animale et la vie humaine, il y a un fossé. Pourtant, il y a presque trois quarts de siècle, des recherches presque oubliées sur l’allongement de la vie ont donné à réfléchir! Dans les années 30, un chercheur en nutrition à l’Université de Cornell, Clive McCay, a mené pendant quatre ans une étude dans laquelle il a démontré que soumettre des rats à un régime alimentaire proche de la famine améliorait leur santé et augmentait considérablement leur durée de vie. Stipp en reste abasourdi: «[Ces conclusions de McCay montrent] que le rythme du vieillissement est incroyablement flexible, et qu’il est extrêmement simple de le rompre chez des animaux dont le métabolisme n’est pas si différent du nôtre».

Pendant des décennies, on a fait fi des découvertes de McCay. Mais ces dernières années, la restriction calorique (RC) est devenue la base d’un des aspects les plus édifiants de la recherche sur l’«extension de la vie». Chez de nombreuses espèces, les singes notamment, le fait d’avoir faim renforce la résistance à un certain nombre de problèmes de santé: cancers, maladies neurodégénératives et troubles immunitaires. Stipp explique que le secret des habitants d’Okinawa pour vivre si longtemps (cette île japonaise enregistre le record de centenaires par habitant) réside peut-être dans leur consommation alimentaire: légumes et poissons.

Mais ancrer ces habitudes dans les pays développés est loin d’être chose aisée: avec la restriction calorique, des populations habituées à un accès illimité à la nourriture ont du mal à supporter ne serait-ce qu’une journée en «mangeant moins». Les chercheurs se tournent donc vers des mimétiques de la RC. Il s’agit de médicaments qui nous permettraient de satisfaire nos besoins alimentaires tout en déclenchant les processus moléculaires de la sensation de faim, laquelle permet de rester jeune. Ne pas se nourrir et ne pas avoir faim, c’est en quelque sorte un moyen pharmacologique d’avoir le beurre et l’argent du beurre.

Les mécanismes sous-jacents du vieillissement restent de l’ordre de la spéculation. De Grey soutient un point de vue de plus en plus admis dans le domaine du vieillissement: la cause fondamentale du «déclin» de l’être humain réside dans ce que certains scientifiques appellent une «catastrophe des déchets» [«garbage catastrophe»]. Weiner expose de façon si éloquente cette théorie qu’elle n’est que trop parlante pour quiconque est propriétaire d’une maison.

Au niveau cellulaire, les choses commencent à s’abîmer. Des dépôts de détritus se forment, entravant les mécanismes censés garder nos cellules en pleine forme. Les chercheurs qui étudient les gènes dits «domestiques», qui assurent l’entretien de nos cellules en les débarrassant des petites saletés, regrettent le mépris qu’on affiche vis-à-vis de ces gènes et de leur fonction finalement si essentielle. De Grey espère que ces découvertes déboucheront sur la création d’une sorte de solvant moléculaire permettant d’éliminer les détritus. Mais tout ceci reste encore très hypothétique!

Voilà qui nous amène à la «pilule de jouvence», ce produit pharmaceutique de prolongement de la vie dont parle Stipp et qui fait actuellement l’objet de recherches scientifiques. Cette pilule pourrait nous permettre de rester jeunes en simulant les effets de la RC et en maintenant l’activité de l’«équipe d’entretien de nos cellules». Stipp raconte avec moult détails les travaux de la société Sirtris Pharmaceuticals, qui ambitionne de commercialiser les sirtuines, une nouvelle classe d’enzymes découverts récemment.

On pense que ces enzymes empêchent l’ADN des cellules d’être abîmé et qu’elles réparent les mutations qui s’y opèrent. (Le resvératrol, une substance présente dans le vin rouge, active apparemment les sirtuines dans le corps.) Il aborde ensuite le cas du Sirolimus, un immunosuppresseur utilisé chez des patients ayant subi une greffe. Ce médicament a permis d’allonger la durée de vie de certains animaux de laboratoire.

Alors que j’avançais péniblement dans ma lecture, de plus en plus convaincue que Sirtris ne trouverait pas la solution à la fatalité humaine, le livre de Stipp semblait lui aussi perdre de sa fraîcheur, amassant un tas de données superflues.

Weiner qui, en plus d’une belle plume, a le don de rendre la science limpide, offre une agréable lecture. Mais hélas, lui aussi finit par s’embarquer dans une longue méditation philosophique sur le sens de l’immortalité (une question dont les chapitres précédents m’ont laissé penser qu’elle ne méritait guère qu’on y consacre notre temps limité). Et puisque même Weiner ne croit pas au rêve d’Aubrey de Grey, celui d’une longévité humaine de plusieurs centaines voire de milliers d’années…

… j’ai décidé de continuer à m’abreuver de café et de vin rouge. Et de ne pas renoncer au chocolat noir! Ces aliments contiennent en petite quantité les produits chimiques susceptibles d’activer chez moi un processus anti-âge. Si c’est insuffisant pour me permettre, comme dit De Grey, d’«échapper à la vélocité» du temps, ils rendent ma vie – aussi courte soit-elle – un peu plus savoureuse.

Emily Yoffe

Traduit par Micha Cziffra

«2012» ou ce que veut dire la fin du mond


Le succès du film catastrophe 2012 a confirmé la capacité d’Hollywood à mettre en scène les angoisses du moment. Une prophétie maya annonçant la fin du monde se réalise dans un déluge de drames: tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques. Au milieu des ruines qui s’amoncellent, le film montre l’étrange collusion des géophysiciens, des politiques et des astrologues. Les élites s’affairent, les ordinateurs tournent et les citoyens fuient désespérément leur funeste destinée. 2012 exhibe un monde qui s’écroule pendant que les hommes courent.

Une scène du film montre que le séisme qui détruira le Vatican provoque une fissure qui sépare le doigt de Dieu de celui d’Adam dans la peinture de la chapelle Sixtine. C’est une erreur scénaristique. La modernité n’a pas eu besoin de la fin du monde pour éloigner l’homme des religions. Après la «mort de Dieu», les apocalypses ne sont suivies d’aucune révélation: nous ne croyons plus que la fin puisse être un nouveau commencement.

Si tout doit disparaître, ce ne sera donc pas l’effet d’un jugement divin, mais de la folie des hommes. Nous sommes devenus les seuls responsables de notre destin. C’est pourquoi les scénaristes du film ont été mieux inspirés en abordant des problèmes bien contemporains. La construction d’une nouvelle arche de Noé provoque des débats tumultueux: si le monde doit finir et que Dieu n’y est pour rien, qui devrons-nous sauver ? Comment diffuser l’«information» sans provoquer la panique ? Quelles sont les règles de vigilance adaptées à une mort imminente ?

Ces questions ne s’adressent pas aux prêtres, mais aux experts. Climatologues, spécialistes sanitaires, bioéthiciens: autant de prescripteurs pour la période qui nous sépare de la fin. Longtemps, l’apocalypse a servi de symbole aux philosophes pour imaginer le progrès. La disparition d’un monde était souhaitable parce qu’elle ne signifiait pas celle de tout le réel. L’idée d’un renversement des choses pouvait donc servir de matrice pour accélérer la transformation politique. Aujourd’hui, la fin du monde n’a plus rien de désirable. En lieu et place de la croyance au progrès, on trouve les savoirs de la catastrophe. L’ironie vient de ce qu’on justifie cet abandon des mythes progressistes au nom des catastrophes qu’ils ont provoquées dans l’histoire.

Les philosophies contemporaines de la fin du monde ne sont pas seulement hostiles à la transformation radicale de l’ordre des choses. Même s’ils ne le savent pas toujours, révolutionnaires et réformistes se retrouvent pour une fois sur la même barque. En effet, un monde qu’il faut seulement préserver est un monde que l’on a renoncé à transformer par la force ou par le droit. L’idée de justice mobilise désormais moins que l’urgence de la survie. Comme sur le marché économique, on ne partage plus les richesses mais les risques. L’information constitue l’ultime refuge pour l’idée d’égalité : l’impératif sécuritaire est généreux dès lors qu’il s’agit de distribuer des savoirs sur ce qui nous menace.

Il n’y a donc pas qu’à Hollywood que règne la hantise d’une Terre en sursis. Les sommets mondiaux consacrés au climat ou à la finance ne cessent de nous rappeler que nous dansons au-dessus d’un abîme. L’expertise qui les justifie entretient la conscience que tout est devenu vulnérable. La désinvolture est le nom de notre nouvelle culpabilité. Mais les crises climatiques et sanitaires nous parlent-elles vraiment de la fin du monde ? Et pour faire un monde, il faut plus que la certitude que le réel va durer : il faut croire que nous pouvons agir sur lui pour lui donner une forme. Il n’y a de monde que là où le possible fleurit et où les désirs d’autre chose ne sont pas définis comme des menaces.

En réalité, les apocalypses d’aujourd’hui nous parlent de la fin de la vie, et cela n’a pas grand-chose à voir avec le monde. Dans l’idéologie vitaliste, il n’y a qu’une seule alternative sérieuse : la disparition ou la survie. La «réforme» du système de retraites par répartition ou sa liquidation, la limitation de l’État de droit ou sa mort, l’adaptation du droit du travail ou son enterrement. Le possible ne survit pas à cette logique alarmiste du dilemme.

La vie est un problème métaphysique («pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?»). On peut admettre qu’elle soit un problème éthique («pourquoi est-il souhaitable qu’il y ait quelque chose plutôt que rien ?»). Mais elle ne concerne pas la politique justement parce que celle-ci se préoccupe du monde. Or un monde n’est pas séparable des imaginaires qui portent sur lui : il existe tant qu’il est l’objet d’utopies. C’est pourquoi il a déjà disparu lorsqu’on se contente d’exiger sa perpétuation à l’identique.

L’avenir du climat ou la gestion des pandémies constituent des enjeux politiques lorsqu’ils cessent d’être prisonniers du dilemme vitaliste et redeviennent des thèmes de délibération, sur des valeurs uniquement relatives : quel degré de détérioration de l’environnement est-il compatible avec le progrès social ? À quels bienfaits sommes-nous prêts à renoncer pour être plus autonomes ? Quels sont les risques pour la santé (fumer, boire, jouir) indissociables de l’exercice de la liberté individuelle ? Pour que de telles questions puissent seulement se poser, il faut que la vie cesse d’être un absolu. Cela suppose de sortir des alternatives terrifiantes (survivre ou mourir) qui ne laissent d’autre issue que celle du moindre mal.

La vie est «fragile», dit-on aujourd’hui, et c’est pour cela qu’il est urgent d’en prendre soin. On convoque la politique au nom de la prévention : nature, santé, sécurité - voilà la trinité vitaliste. D’où l’insistance sur les catastrophes intimes, ces apocalypses du quotidien qui, de la maladie à la relégation sociale, affectent la plupart des existences. Mais qu’avons-nous à offrir à ces vies qui s’effondrent sinon notre compassion et nos peurs ? C’est pourquoi il faut rappeler que la politique commence à partir du moment où on constate que la vie humaine n’est pas seulement fragile, mais fragilisée. Cela advient lorsqu’elle est sans monde pour l’accueillir.

«Vivre pour vivre» : cette injonction à la fois romantique et désenchantée définit assez bien notre présent hanté par la catastrophe. On ne sort de cette tautologie qu’en replaçant la vie sous condition d’un monde. Kant, pour qui la philosophie n’était qu’une mise à distance de la vie, aimait citer une sentence latine qui apparaît aujourd’hui scandaleuse : Fiat justitia pereat mundus. On traduit littéralement : «Que la justice soit faite, même si le monde devait disparaître». Cela signifie surtout que la survie n’est pas un horizon humain suffisamment désirable pour qu’on lui sacrifie le progrès de la liberté.

Dernier livre paru : «État de vigilance, Critique de la banalité sécuritaire» (Éd. le Bord de l’eau, 2010).

Demain : «Nucléaire : arrêtons ITER, ce réacteur hors de prix et inutilisable», par Georges Charpak, Jacques Treiner et Sébastien Balibar.

Churchill et le secret des ovnis



La Grande-Bretagne a rendu public jeudi des centaines de "dossiers ovni" jusqu'ici classés.


Winston Churchill, l’ancien Premier ministre britannique, a-t-il imposé le secret sur une rencontre du troisième type entre un appareil de la Royal Air Force et un ovni ? C’est en tous cas ce qui ressort de la déclassification jeudi de centaines de "dossiers ovni", dont une lettre relatant cet épisode.

"Panique massive"


L’histoire remonterait à la fin de la Seconde guerre mondiale, à une date non précisée. Un avion de reconnaissance de la Royal Air Force rentrant d'une mission à l'étranger aurait été soudainement rattrapé par un objet métallique qui volait un instant à son allure avant d'accélérer et de disparaître. L'incident aurait été évoqué lors d'une réunion à laquelle participait Winston Churchill et le général américain Dwight Eisenhower, à l'époque commandant des forces alliées.

Au cours de cette réunion, Churchill aurait alors dit: "Cet événement devrait être immédiatement classé secret défense car cela provoquerait une panique massive parmi la population et réduirait à néant la croyance dans l'Eglise". Des décennies plus tard, en 1999, un scientifique de Leicester, dont l'identité n'est pas révélée, écrit au ministère de la Défense pour demander confirmation de ces propos, rapportés par son grand-père qui affirmait avoir été présent lors de la rencontre. C’est cette lettre qui a été déclassifiée jeudi.

Mystères

D’autres documents relatent des mystérieuses observations ou rencontres. Ainsi, une note de 1997 fait état de phénomènes acoustiques et d'un accident d'avion dans le nord de l'Angleterre, pour lequel aucune épave n'a jamais été retrouvée. Un autre incident concerne l'observation d'un "ovni noir triangulaire" au-dessus du domicile du ministre de l'Intérieur d'un "cabinet fantôme" à la fin des années 1990.

Dans un dossier ouvert en 1995, un capitaine d'aviation dit lui avoir failli entrer en collision avec un objet non identifié à l'approche de l'aéroport de Manchester. Un témoin au sol avait au même moment apporté un dessin d'un ovni ayant "vingt fois la taille d'un terrain de football". Dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, le mystère n’a jamais été éclairci.

La Grande-Bretagne ne craint plus les ovnis


Les Archives nationales britanniques ont rendu publics des centaines de documents, classés jusqu'ici secret-défense. Ils évoquent des apparitions d'objets volants non identifiés en Grande-Bretagne. On y trouve, entre autres, une note relatant l'histoire d'un avion de reconnaissance de la Royal Air Force qui, en rentrant d'une mission à l'étranger à la fin de la Seconde Guerre mondiale, aurait soudainement été rattrapé par un objet métallique mystérieux, volant un instant à son allure, avant d'accélérer et de disparaître. Un incident que Winston Churchill aurait à l'époque décidé de garder secret pour éviter de «paniquer» la population et de «réduire à néant la croyance dans l'Église».

Une autre note de 1997 mentionne des phénomènes acoustiques troublants et un accident d'avion dans le nord de l'Angle­terre, où aucune épave n'a jamais été retrouvée. Enfin, dans un dossier ouvert en 1955, un capitaine d'aviation affirme être presque entré en collision avec un objet non identifié à l'approche de l'aéroport de Manchester. Un témoin au sol avait même réalisé un dessin de l'ovni ayant «vingt fois la taille d'un terrain de football». Des dizaines de témoignages, de croquis et de notes sur plusieurs décennies rapportent ainsi des faits troublants. Certains d'entre eux ont été expliqués par le ministère de la Défense britannique. D'autres demeurent mystérieux.

Brésil/Ovnis: "apparitions" enregistrées


L'apparition d'ovnis dans l'espace aérien brésilien sera dorénavant enregistrée officiellement par le commandement de l'armée de l'air, selon un décret publié dans le Journal Officiel de l'Union.

Ce décret incite les pilotes d'avions civils et militaires, et les contrôleurs du trafic aérien national, à relater au commandement de la Défense aérospatiale à Brasilia leurs récits et à livrer les preuves documentaires sur des "soucoupes volantes" et autres apparitions "extraterrestres". Le matériel photographié ou filmé dans l'immensité du ciel brésilien sera catalogué et mis aux archives au Centre de documentation historique de l'armée de l'air, à Campos dos Afonsos, dans la zone ouest de l'Etat de Rio de Janeiro. Il pourra être consulté par des chercheurs et autres personnes intéressées par ces phénomènes.

Le décret, daté du 9 août et publié hier, est signé par le commandant de l'armée de l'air, Juniti Saito. Ce dernier précise que les militaires se contenteront d'enregistrer les faits sur un formulaire spécial. "Le commandement de l'aéronautique ne dispose pas de structure spécialisée pour faire des recherches scientifiques sur ces phénomènes aériens et se limitera à enregistrer les faits", souligne l'armée de l'air dans un communiqué officiel envoyé au quotidien O Dia et publié aujourd'hui.

Un aiguilleur du ciel militaire qui travaille à Rio a indiqué à O Dia qu'"il existait des récits de ministres et même d'un président ayant vu un Ovni".

mercredi 11 août 2010

Bilderberg : silence médias sur les réunions de l'élite mondiale


C'est à cette époque de l'année que le groupe Bilderberg, rassemblant environ 120 milliardaires, banquiers, hommes politiques, industriels, universitaires, haut fonctionnaires, personnalités d'influence dans le monde du travail et de l'éducation et journalistes, se réunit pendant un week-end dans un hôtel. ou un centre de villégiature quelque part en Amérique du Nord ou en Europe, afin de discuter en privé des affaires du monde.

L'hôtel Westfields Marriott de Chantilly, en Virginie (DR).Cette année, la 56e conférence de Bilderberg s'est déroulée -le weekend dernier- à l'hotel Westfields Marriott de Chantilly en Virginie, à une quinzaine de kilomètres de l'aéroport international de Washington Dulles. Comme lors des éditions précédentes, les détracteurs de Bilderberg accusent la presse grand public de passer sous silence un club qui selon eux dirige un gouvernement secret.

Le lieu où seraient choisis les futurs présidents américains


Les critiques affirment que Bilderberg est le lieu où sont choisis les futurs présidents américains et Premiers ministres britanniques, ce que confirmerait la participation à la conférence de Bill Clinton en 1991 et celle de Tony Blair en 1993. En 2004, le magazine Time a révélé que John Kerry a choisi John Edwards pour être son colistier juste après que ce dernier avait fait une forte impression sur les participants de la session Bilderberg en Italie.

D'après l'ouvrage de 1980 intitulé « Trilateralism : The Trilateral Commission and Elite Planning for World Management » (Le Trilatéralisme : la commission trilatérale et l'organisation du management mondial par les puissants), le président Dwight D. Eisenhower souhaitait vivement que son personnel assiste à Bilderberg, le président John F. Kennedy a largement recruté les membres de son administration parmi d'ancien participants de Bilderberg, comme Dean Rusk, George W. Ball, George McGhee, Walter Rostow, Arthur Dean et Paul Nitze, et les membres de l'administration Carter prenaient largement part aux réunions annuelles du groupe.

Un critique a publié une liste établissant que le club Bilderberg 2008 comprend Henry Kissinger, Ben S. Bernanke, David Rockefeller, Vin Weber, Robert B. Zoelick, Donald Graham, Verdon Jordan, Charlie Rose et leurs homologues européens. Des manifestants ont surveillé cette élite à l'entrée de l'hôtel et enregistré des vidéos de « surveillance » à l'extérieur et à l'intérieur des parties du bâtiment faiblement gardées, avant que la conférence commence.

Jusqu'ici les détracteurs de Bilderberg ont raison : la presse grand public a ignoré Bilderberg en 2008. Selon la base de données Nexis, les sites Wonkette et Raw Story ont relaté l'événement et les objections des critiques. Avec une simple recherche Web, on tombe sur des articles de critiques de Bilderberg comme Alex Jones et Jim Tucker, qui sonnent l'alarme sur le problème.

Les critiques ont raison sur un autre point : la réunion de 120 importantes personnalités mondiales est une nouvelle à ne pas taire. Mais à la décharge de la presse grand public, il faut dire qu'il est difficile de rendre compte d'un rassemblement privé, placé sous haute surveillance.

Permettre aux participants d'exprimer librement et ouvertement leur opinion

Les organisateurs de Bilderberg ont donné le mot d'ordre aux participants de ne pas divulguer les débats du weekend, affirmant dans un communiqué de presse cette année que « le caractère privé des réunions n'a pas d'autre motif que celui de permettre aux participants d'exprimer librement et ouvertement leur opinion ». En 1927 la Chatham House, « think tank » britannique, a consacré une règle du même type, et des obligations de cet ordre s'appliquent lors de certaines réunions du Conseil de relations étrangères (« think tank » américain) et du Groupe de stratégie de l'Institut Aspen. Dans presque toutes les villes du monde, des groupes privés se réunissent pour discuter de manière confidentielle. C'est comme ça que le monde fonctionne. Il y a bien de temps à autre des fuites de la part des membres de Bilderberg, comme dans le cas de John Edwards en 2004, mais les chics et puissants gardent généralement le silence.

Quelles auraient été les conséquences si le Washington Post avait envoyé un reporter au très exclusif rassemblement de Chantilly ? Un journaliste d'Associated Press était parti couvrir la session Bilderberger de 1978 à Princeton dans le New Jersey, mais ce qu'il a raconté se résume à une scène où des « hommes en costumes gris et aux lunettes de soleil » le chassent du périmètre du centre de conférence Henry Chauncey. Extraits de la dépèche (Steve Hindy) :

« Kissinger s'est nonchalamment promené autour d'un petit étang artificiel samedi, jusqu'à s'approcher à quelques mètres de la route menant au bâtiment.

Il a tourné autour de l'étang deux fois, une première fois avec un homme grisonnant qui fumait la pipe et une seconde avec un homme plus jeune. Kissinger avait l'air grave et attentif pendant que les hommes parlaient de choses comme de “limitations de portées”.

Kissinger avait l'air agacé et a refusé de s'exprimer lorsqu'un reporter s'est approché de lui.

L'un des deux agents des services secrets protégeant l'ancien secrétaire d'Etat fit un signe de tête plein de sympathie au reporter et lui dit : “Vous avez fait de votre mieux.'

Et pourtant la presse grand public ne peut guère être accusée de passer Bilderberg sous silence. Selon Nexis, le New York Times a mentionné Bilderberg une vingtaine de fois depuis 1981, dont un article de 2004 intitulé ‘une conférence secrète pour dominer le monde’. D'autres articles dans le Washington Post, le Chicago Tribune et le Boston Globe mentionnent le groupe.

Le mois dernier encore, dans le Washington Post, Anne-Marie Slaughter a fait référence aux membres de Bilderberg dans sa critique d'un nouvel ouvrage : ‘Superclass : The Global Power Elite and the World They Are Making’ (la Superclasse, l'élite de la puissance mondiale et le monde qu'elle est en train de construire). [en France, Michael Gama a consacré un livre, ‘Rencontres au sommet’ (ed. Altiplano), à ces réunions des riches et des puissants, dont Bilderberg].

Article traduit par Marie Peterson